Montage - Cinéma Le Club
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Mitterrand, Bouquet et nous
L'avant-première du "promeneur du Champ de Mars"
hier soir au Club, à Grenoble, a permis à une centaine de spectateurs
de découvrir un film qui laisse sans voix

 



C'est vraiment un film qui impose le respect. En tout cas, si l'on en juge par le comportement de la pe-tite centaine de privilégiés qui ont assisté hier soir à Grenoble à l'avant-première du "promeneur du Champ de Mars". C'est dans le cinéma d'art et essais par excellence, le Club, que se déroulait l'événement, et son directeur, Patrick Ortega, ne manquait pas de dire quelques mots introductifs sur cette "fiction sur Mitterrand" qui est aussi "un film sur l'art de Michel Bouquet".
La projection débute sur un silence inhabituel. Pas de musique, juste des titres sur fond noir, et une salle qui retient son souffle. Le silence de l'attente. Ce n'est qu'au moment où les haut-parleurs diffusent des bruits de métro que l'on entend les premiers crissements discrets d'un paquet de bonbons dans une rangée. Ce silence deviendra au fur et à mesure du déroulement du film un silence de respect. Même si, à de nombreuses reprises, des rires fuseront lors des nombreux bons mots.

Pas de quoi détrôner Michel Audiard côté dialogues de légende, mais il y a tout de même quelques petites phrases d'anthologie qui ne pouvaient que provoquer au minimum des sourires. Genre l'histoire de la Twingo offerte par le Parti socialiste en cadeau d'adieu dans laquelle l'ex-président aurait bien vu Julia Roberts se promener en sa compagnie sur la cinquième avenue. Et lorsque le film se termine, c'est un peu le silence d'une cathédrale que l'on retrouve. Le silence de la foule qui sort à pas feutrés. Le silence qui n'est rompu que dans le hall d'entrée, et encore, par les spectateurs qui attendent d'aller voir... un autre film. Une avant-première qui pouvait être décevante, pourtant : on aurait aimé voir là des ténors du PS local, voire des cellules entières de militants socialistes. A croire que l'histoire intéresse davantage les cinéphiles... et les média. D'où une remarque, presque sarcastique, entendue à la sortie : "ce serait bien de faire une séance au Conseil général et voir les réactions".


Mais au Club, les réactions sont diffuses, presque feutrées aussi. Chacun est unanime pour saluer la performance d'acteur de Michel Bouquet, qui est "au-delà du rôle". Jusqu'à dire qu'il "fait oublier Mitterrand". Les commentaires sur le réalisateur, Robert Guédiguian, sont plus discrets. "C'est un peu moins "cheap" que ses autres films, il avait plus de sous", remarque un cinéphile averti.


Pierre Degardebosc, distributeur de films, commente : "C'est un film sur la vieillesse, sur la fin d'un homme. Une fin de règne, aussi. Il est lucide sur la mort, on a vraiment l'impression qu'il l'apprivoise. " Les spectateurs se dispersent dans la nuit grenobloise, par petits groupes, ou seuls. Et sous le crachin neigeux, on a l'impression de se trouver à la sortie d'un cimetière après un enterrement. On est plongé dans ses pensées. Et ses souvenirs. J.-P. F. m