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Jeudi 29 avril 2004
Rencontre avec
Jilani SAADI
à propos du moyen-métrage
KHORMA,
le crieur de nouvelles


 


 



Interview de Jilani Saadi

Mike : En extrapolant légèrement, on peut déceler un anti-américanisme dans le film avec le comportement de Khorma …

C’est surtout un film pro-arabe. Mais chacun avec ses propres cultures peut avoir une perception différente. Cependant je suis persuadé que l’on comprend les problèmes sociaux en regardant les marginaux. C’est le moyen le plus important pour les recenser

Mike : Il y a quand même un côté sombre et fataliste très déprimant dans l’abus de pouvoir qu’exerce Khorma.

Mais le peuple arabe est un peuple terriblement schizophrène qui peut se battre pour des idées, puis faire totalement l’inverse par la suite. C’est pour cela que les intégristes sont rassurants. Ce sont les seuls à être véritablement organisés.
De plus dans les pays arabes, il n’y a pas de contre-pouvoir fort. On voit déjà les abus qu’ont pus commettre Chirac et Mitterrand, alors qu’en France il y a un contre-pouvoir important. Comment peut-on imaginer alors que l’on n’abuse pas d’une position, sachant qu’il n’y a personne pour nous contrer !

Mike : Quel a été la réaction du public tunisien à l’égard du film ?

Le film a été présenté aux Journées cinématographiques de Carthage, et les gens ont déjà été très surpris qu’il ne soit pas censuré. Il a eu un accueil très enthousiaste. Les gens applaudissaient, et des familles entières sont venues voir le film, alors qu’elles n’avaient jamais mis les pieds dans un cinéma auparavant.

Mike : Quel est le statut des comédiens, amateurs ou professionnels ?

Le personnage de Khorma est joué par un véritable comédien, mais c’était sa première expérience cinématographique. Il a plus eu l’habitude de jouer dans des pièces de théâtre. Il y a en gros une dizaine de comédiens, et le reste des personnages est joué par des habitants de la ville. Aucun des prieurs dans les cimetières n’est comédien par exemple.

Mike : Comment se porte le cinéma en Tunisie ?

Ce n’est pas évident. Le soir, les salles de cinéma sont entourées de flics. La ville est vidée de ses noctambules, et seuls les bars restent ouverts et les salles sont peuplés de gens saouls. Donc dès la séance de 21 h, il n’y a plus personne.

Mike : Quelle est la programmation des cinémas tunisiens ?

Essentiellement des films pornos softs, quelques films américains et peu de films d’auteurs. De toute façon aucun film ne marche en salle.

Mike : Votre prochain film sera également tourné en Tunisie ?

Oui, je ne me vois pas tourner ailleurs. Le film est déjà passé par la commission et j’ai obtenu les subventions. De toute façon, il est très difficile d’obtenir des subventions en France. Depuis le retrait de Canal+ de ses obligations envers le cinéma, les producteurs ne lisent même plus les scripts de peur de tomber amoureux d’un scénario, et de ne pas savoir comment faire par la suite. C’est pour ça que l’on va voir débarquer une vague de mauvaises comédies (ndlr : dont le très médiocre Bienvenue en Suisse en est un exemple).

Merci.


Confidence :

Mike est aussi gourmand !
L'As de Pique, qui nous a accueilli, a dû déployer tout son savoir-faire pour le satisfaire !!!

Mission accomplie : il devrait revenir pour d'autres interview

La critique de Mike